Feuille de route BIM gouvernementale : le BIM devient la norme des projets publics au Québec
Le BIM n'est plus une expérimentation dans les projets publics québécois. Avec la mise à jour 2025 de la feuille de route gouvernementale, il devient une exigence qui se généralise, et la question pour chaque organisation n'est plus « si », mais « comment ».
De quoi il s'agit
Lancée en mars 2021 dans la foulée du Plan d'action pour le secteur de la construction, la Feuille de route gouvernementale pour la modélisation des données des infrastructures couvre la période 2021-2026. Elle est pilotée par la Société québécoise des infrastructures (SQI) et le ministère des Transports et de la Mobilité durable, avec six autres donneurs d'ouvrage publics : la Société d'habitation du Québec, Hydro-Québec, le Parc olympique et les villes de Montréal, de Québec et de Longueuil. Son objectif est d'établir une cadence d'implantation du BIM et d'en faire une exigence des projets d'infrastructure publique. Elle est actualisée chaque année au 31 mars ; la version 2025, rendue publique en août 2025, dresse le bilan de l'an 4 et fixe le plan d'action de la dernière année.
Ce qu'il faut retenir
- Le volume a triplé. Les huit donneurs d'ouvrage sont passés d'environ 75 projets BIM en avril 2021 à 265 au 31 mars 2025, tous secteurs confondus : bâtiments institutionnels, habitation, génie civil et voirie, actifs industriels. La cible est de 321 projets démarrés ou en cours en 2026. À la SQI, environ 75 % des projets majeurs intègrent maintenant le BIM et la conception intégrée.
- Des gains documentés. Hydro-Québec rapporte, pour le poste des Irlandais, des coûts de changements ramenés à 3,6 % contre 15 à 18 % en approche traditionnelle. La Ville de Québec a mis en place un environnement de données commun.
- L'ISO 19650 arrive. Les donneurs d'ouvrage signataires ont entériné une recommandation visant à appuyer l'adoption de la norme CAN/CGSB/CSA ISO 19650 dans leurs projets BIM. L'objectif déclaré est d'harmoniser les pratiques de gestion de l'information et de partager des ressources communes, dont plusieurs à produire par les donneurs d'ouvrage eux-mêmes.
- Quatre priorités pour 2025-2026. Identifier les usages et les pratiques de gestion de l'information sur l'ensemble du cycle de vie d'un portefeuille d'actifs ; définir et formaliser les rôles et responsabilités ; développer les mécanismes d'approvisionnement et les cadres contractuels (droits d'auteur, propriété des données, assurances) ; mesurer la performance et la maturité, et fixer les exigences de plateformes collaboratives basées sur des formats ouverts et neutres.
- Le regard se tourne vers l'exploitation. Les donneurs d'ouvrage participent au projet Asset Operations Handover de buildingSMART International, qui porte sur le transfert de l'information de la construction vers l'exploitation, en openBIM.
Ce que ça signifie pour vous
Pour un donneur d'ouvrage public ou parapublic : les huit grands ont ouvert la voie, et les municipalités, réseaux de la santé et de l'éducation sont explicitement dans l'écosystème visé. Le travail à faire n'est pas d'abord technologique : c'est de définir vos exigences d'information, vos rôles et vos cadres contractuels, exactement les quatre priorités de la feuille de route.
Pour une firme de génie ou d'architecture : répondre à un appel d'offres public sans processus BIM structuré devient un handicap. La référence à l'ISO 19650 signifie que les plans d'exécution BIM, les exigences d'échange d'information et l'environnement de données commun vont devenir des attentes courantes, pas des options.
Pour un entrepreneur ou un gestionnaire d'actifs : la feuille de route insiste sur le cycle de vie complet et sur les formats ouverts. Les modèles et les données livrés en fin de chantier seront de plus en plus attendus dans un état exploitable pour l'entretien, pas seulement comme des dessins de référence.
Notre lecture
La feuille de route a réussi ce que peu de politiques publiques réussissent : créer un volume réel de projets et une gouvernance commune entre huit organisations qui, autrement, auraient chacune inventé leur BIM. C'est sa grande force.
Sa limite est tout aussi claire. Les cibles restent propres à chaque organisme, et le document ne fixe pas encore d'exigences uniformes pour les fournisseurs. Le fardeau de l'interprétation retombe donc sur les firmes et les entrepreneurs, et la feuille de route elle-même reconnaît que l'accompagnement des PME, l'interopérabilité et les compétences numériques sont les prochains chantiers.
Notre conseil : ne pas attendre la version 2026 pour agir. La direction est connue, ISO 19650, formats ouverts, information exploitable jusqu'en exploitation. Une organisation qui définit dès maintenant ses exigences d'information et ses rôles sera prête quand ces attentes deviendront contractuelles. Celle qui attend se retrouvera à improviser projet par projet.
Ce sujet relève directement de notre expertise en Stratégie BIM et gestion de l'information. Discutons de ce que cela pourrait changer dans votre organisation.
Sources : Feuille de route gouvernementale pour le BIM, actualisée au 31 mars 2025, Société québécoise des infrastructures ; communiqué du gouvernement du Québec, 5 août 2025.

Christian Glaude
Stratège BIM-IA et transformation numérique, fondateur de ConsultantsBIM