IA dans les firmes de génie-conseil : un secteur décidé, mais encore peu outillé
Toutes les firmes veulent y aller. Presque aucune ne sait encore mesurer ce que ça rapporte. C'est le portrait, honnête et un peu inconfortable, que dresse l'étude commandée par l'Association des firmes de génie-conseil du Québec.
De quoi il s'agit
L'AFG a mandaté Aviseo Conseil pour analyser les effets de l'intelligence artificielle sur le génie-conseil au Québec. Le rapport final, daté du 9 juin 2026, s'appuie sur une revue documentaire, 17 entrevues (firmes, clients, facultés de génie, fournisseurs technologiques et Ordre des ingénieurs du Québec) et un sondage auquel 43 des 70 firmes membres ont répondu, soit un taux de réponse de plus de 60 %. L'étude dresse le portrait des usages, cerne les opportunités et les enjeux, et formule cinq recommandations à l'AFG ainsi que dix conditions de succès pour les firmes.
Ce qu'il faut retenir
- L'intention est unanime, la maturité est intermédiaire. 81 % des firmes ont une stratégie IA formalisée ou en développement et 86 % comptent augmenter leurs investissements. Mais l'étude classe 42 % des firmes comme « expérimentatrices », 44 % comme « développeuses », 12 % comme « innovatrices », et aucune, 0 %, comme « performeuse », c'est-à-dire capable de générer une valeur tangible et mesurée.
- Les investissements restent modestes. 54 % des firmes ont investi moins de 50 000 $ dans la dernière année, surtout en licences et abonnements (72 %). Les usages se concentrent sur les fonctions de soutien : marketing et ventes (73 %), études (53 %), gestion de projets (43 %), conception (40 %).
- Les effets sont perçus, pas mesurés. 74 % perçoivent un effet positif sur la productivité, 55 % sur la satisfaction des professionnels, 39 % sur les coûts d'exploitation. Seulement 8 % disposent de mécanismes pour évaluer l'impact de l'IA.
- Les freins ne sont pas technologiques. 44 % craignent une dépendance excessive à l'IA au détriment du jugement professionnel, 44 % s'inquiètent de la confidentialité et de la sécurité des données, 37 % voient la responsabilité professionnelle comme un obstacle, 33 % redoutent une érosion des compétences, notamment chez la relève privée de tâches formatrices.
- Les clients changent la donne. Ils perçoivent l'IA comme un futur standard du secteur, pas comme un avantage distinctif, et l'intègrent de plus en plus, explicitement ou non, dans leurs attentes et leurs appels d'offres, où les firmes devront démontrer comment l'IA est utilisée et selon quelles lignes directrices.
Ce que ça signifie pour vous
Pour une firme de génie-conseil : le prochain pas n'est pas un nouvel outil, c'est une gouvernance. Qui décide des usages autorisés, quel niveau de validation selon le risque, quelles données peuvent sortir de l'organisation. Sans cette base, l'IA restera un ensemble d'expérimentations individuelles impossibles à mesurer, et donc impossibles à défendre devant un client ou l'Ordre.
Pour un donneur d'ouvrage : vous êtes en train de devenir, sans toujours le formaliser, le prescripteur des pratiques IA de vos fournisseurs. Poser des exigences claires sur la transparence, la validation humaine et la protection de vos données vaut mieux que de les découvrir après coup dans un livrable.
Pour une firme d'architecture ou un entrepreneur : le diagnostic s'applique presque tel quel. La modélisation et le BIM figurent d'ailleurs parmi les activités où les firmes voient un potentiel pour l'IA. Les mêmes questions de traçabilité, de propriété des données et de compétences vous attendent.
Notre lecture
Le chiffre le plus important de cette étude n'est pas 86 % d'intention d'investir. C'est 0 % de firmes performantes et 8 % capables de mesurer. Le secteur a franchi l'étape de la curiosité, mais pas celle de la méthode. Et l'étude le dit clairement : les freins relèvent moins de la technologie que de la capacité des organisations à encadrer et intégrer l'IA de façon sécurisée et cohérente.
Nous partageons entièrement le cadre proposé par les dix conditions de succès, en particulier la quatrième : être en mesure de contrôler, valider et superviser ce que l'IA produit. C'est exactement le réflexe de la traçabilité. Une firme d'ingénierie qui sait déjà vérifier, documenter et tracer ses calculs possède la culture nécessaire pour encadrer l'IA. Ce qui lui manque, le plus souvent, c'est de l'appliquer délibérément à ces nouveaux outils.
Notre conseil : commencer par un cas d'usage à faible risque et à forte répétition, y attacher dès le départ un suivi simple des coûts et des gains, et rédiger la règle de validation avant de déployer. Moins de quatre firmes sur dix perçoivent aujourd'hui un effet sur leurs coûts ; celles qui le mesureront seront celles qui pourront décider.
Ce sujet relève directement de notre expertise en Automatisation et IA appliquée. Discutons de ce que cela pourrait changer dans votre organisation.

Christian Glaude
Stratège BIM-IA et transformation numérique, fondateur de ConsultantsBIM